Le Nutri-Score expliqué aux enfants (et aux parents qui veulent leur expliquer)

Mis à jour le 7 octobre 2026 · Lecture : 8 minutes · Par Jacques Blandignères

Un enfant de huit ans comprend un feu tricolore. Il comprend la notion de « souvent » et de « parfois ». Il est capable de lire une lettre sur un emballage. Ces trois capacités suffisent à lui enseigner le Nutri-Score de façon utile et durable. Cet article est destiné aux adultes, parents ou enseignants, qui souhaitent faire de l'étiquette alimentaire un outil de curiosité plutôt qu'une source d'anxiété.

Gourde de compote Pom'Potes pomme nature sans sucres ajoutés
Une gourde de compote sans sucres ajoutés (Pom'Potes) : notée A, un repère facile à trouver pendant le défi du goûter. Photo : Open Food Facts (CC BY-SA).

Pourquoi en parler aux enfants dès le primaire

Les habitudes alimentaires se construisent tôt. Les travaux de la chercheuse américaine Leann Birch, pionnière de l'étude du comportement alimentaire de l'enfant, ont montré l'influence de l'environnement familial et des pratiques des adultes sur les préférences des enfants. Sans repère pour évaluer un aliment, un enfant construit ses préférences à partir de ce qu'il voit : emballages colorés, mascottes, publicités.

Le Nutri-Score offre une entrée concrète, visuelle et non moralisatrice dans l'éducation alimentaire. Il ne dit pas « c'est bon » ou « c'est mauvais » : il dit « ce produit apporte de bons nutriments » ou « ce produit en apporte moins ». Cette nuance est pédagogiquement précieuse, car elle évite d'associer la nourriture à des jugements moraux tout en transmettant une information nutritionnelle réelle.

Les programmes de l'école élémentaire abordent l'alimentation et la santé, notamment en sciences. Le Nutri-Score, adopté par la France en 2017, constitue un support concret pour ces séances, pour les ateliers cuisine ou pour une sortie pédagogique au supermarché.

L'analogie du feu tricolore : la clé d'entrée pour les 7-9 ans

Pour un enfant entre 7 et 9 ans, la traduction la plus efficace du Nutri-Score est celle du feu tricolore étendu à cinq positions. Les notes A et B correspondent au vert : ces produits peuvent faire partie des repas et des goûters réguliers sans attention particulière. La note C correspond à l'orange : acceptable, mais pas tous les jours. Les notes D et E correspondent au rouge : à consommer de temps en temps, lors d'occasions particulières, mais pas en remplacement d'un repas ou d'un goûter équilibré.

Cette grille tricolore a l'avantage d'être déjà intégrée dans le quotidien de l'enfant. La notion de feu rouge ne signifie pas « interdit » mais « attention, ralentir ». Transposée à l'alimentation, elle échappe à la tentation de l'interdit absolu, qui est précisément ce qu'il faut éviter pour ne pas créer de comportements obsessionnels autour de la nourriture.

Une façon concrète de l'introduire est de le faire lors d'un goûter. On dispose sur la table cinq produits habituels du foyer et on demande à l'enfant de les classer selon ses intuitions avant de regarder les emballages ou de les scanner avec une application. Découvrir que le jus de fruits, perçu comme sain, obtient le plus souvent C tandis qu'un yaourt nature obtient A ou B déclenche souvent plus de curiosité que n'importe quel discours préparé.

Ce que les enfants comprennent selon l'âge

Repères développementaux pour adapter le discours. Entre 7 et 9 ans, un enfant maîtrise les couleurs, les lettres de l'alphabet et la notion de fréquence (souvent, parfois, rarement). C'est l'âge idéal pour introduire le feu tricolore du Nutri-Score et l'activité de classement de produits. Entre 10 et 12 ans, l'enfant peut comprendre que le score dépend de ce que contient le produit : beaucoup de sucre fait baisser la note, beaucoup de fibres la fait monter. Il peut commencer à lire un tableau nutritionnel et repérer les lignes clés. À partir de 12-13 ans, il est possible d'aborder les limites du système : ce que le Nutri-Score ne voit pas (les additifs, la transformation), la question des portions, la différence entre un sucre naturel et un sucre ajouté. Ces nuances introduites trop tôt risquent de paralyser le message simple du feu tricolore.

Le défi du goûter : une activité pratique en famille

L'activité la plus efficace pour ancrer la notion est ce que l'on peut appeler le défi du goûter. Elle ne demande ni préparation ni matériel particulier : juste les produits qui se trouvent déjà dans le placard ou le réfrigérateur.

On sort cinq à sept produits variés : une boîte de céréales, un paquet de biscuits, un pot de yaourt nature, une brique de jus de fruits, un pot de compote, une tablette de chocolat, un paquet de jambon. On demande à chaque participant, enfant et adulte confondus, de les classer du plus sain au moins sain selon son intuition. Puis on vérifie les Nutri-Score, soit en regardant les emballages pour ceux qui l'affichent, soit en scannant les produits avec l'application Open Food Facts.

Les surprises sont presque garanties. Le jus de fruits 100 % pur jus qui semblait irréprochable obtient souvent C, là où un yaourt nature sans marque affiche A ou B. Une compote sans sucre ajouté est souvent mieux notée que des céréales enrichies en vitamines. Ces écarts entre intuition et réalité rendent l'activité mémorable : on apprend mieux en étant surpris.

Pour les enfants à partir de 10 ans, Nutri-Guess propose un prolongement ludique directement utilisable : le jeu invite à estimer la note d'un produit avant de la révéler, exactement comme dans le défi du goûter, mais sur des centaines de références. Une session de dix minutes en famille peut facilement devenir un rituel du samedi matin.

Décoder le marketing alimentaire avec les enfants

L'éducation alimentaire ne peut pas faire l'impasse sur le marketing. Les enfants sont une cible importante de la publicité pour les céréales, les biscuits et les boissons sucrées, et l'Organisation mondiale de la santé recommande de les protéger du marketing des aliments trop gras, trop sucrés ou trop salés.

Quelques questions simples, posées devant l'emballage, permettent de développer le regard critique sans transformer le repas en cours magistral. Face à un paquet de céréales vantant une « source de sept vitamines et minéraux », on peut demander : pourquoi ces vitamines ont-elles été ajoutées ? Étaient-elles là naturellement ou les a-t-on mises après ? La mention « sans huile de palme » dit-elle quelque chose sur le sucre ou le sel ? Le personnage animé sur la boîte est-il là pour informer ou pour donner envie ?

Ces questions n'ont pas pour objectif de rendre l'enfant méfiant envers toute la nourriture industrielle. Elles ont pour objectif de lui apprendre que l'emballage est un outil de vente avant d'être un outil d'information, et que le Nutri-Score, affiché discrètement sur le côté ou en bas de l'emballage, est souvent le seul élément qui ne cherche pas à séduire.

Ce qu'il ne faut pas faire : la stigmatisation alimentaire

L'écueil le plus fréquent dans l'éducation alimentaire des enfants est la création d'une relation anxieuse à la nourriture. Interdire catégoriquement les produits notés D ou E, associer leur consommation à des commentaires négatifs sur la santé ou le corps, transformer chaque repas en audit nutritionnel : ces comportements produisent l'effet inverse de celui recherché.

La diététicienne américaine Ellyn Satter a formalisé la « division des responsabilités » : l'adulte décide de ce qui est proposé, quand et où ; l'enfant décide s'il mange et combien. Les recherches sur le comportement alimentaire montrent aussi que restreindre fortement un aliment tend à le rendre plus attirant. Le Nutri-Score est un outil d'information, pas un instrument de contrôle.

La formulation fait toute la différence. « Ce biscuit est noté E, on ne le mange jamais » produit un effet de fruit défendu. « Ce biscuit est noté E, ça veut dire qu'il a beaucoup de sucre et peu de fibres, on le garde pour les anniversaires » transmet la même information en maintenant une relation détendue à la nourriture. L'enfant intègre la règle de fréquence sans développer de culpabilité associée au produit lui-même.

L'usage en classe : SVT, EPS, et ateliers cuisine

Pour les enseignants, le Nutri-Score est un support pédagogique polyvalent qui s'intègre dans plusieurs disciplines. En SVT, il permet d'aborder concrètement les notions de nutriments, d'énergie alimentaire et d'équilibre nutritionnel dès le CM1. On peut demander aux élèves d'apporter un emballage de produit de leur choix, de noter la lettre affichée et de réfléchir collectivement à ce qui détermine cette note.

En éducation physique et sportive, la question de l'alimentation du sportif peut être abordée en lien avec le Nutri-Score : pourquoi un sportif a-t-il besoin de produits riches en glucides complexes ? Pourquoi les protéines sont-elles importantes pour la récupération ? Ces questions trouvent des réponses concrètes dans la lecture d'étiquettes réelles.

Les ateliers cuisine sont peut-être le cadre le plus fertile. Faire réaliser aux élèves une recette simple (une soupe de légumes, un smoothie, des sandwichs variés), puis calculer ou estimer le Nutri-Score de chaque préparation, donne une expérience directe et mémorable de ce que signifient les termes fibres, protéines ou sucres dans un contexte réel de préparation alimentaire.

Une sortie au supermarché, organisée en groupe, avec pour mission de trouver dans chaque rayon le produit le mieux noté et le moins bien noté de sa catégorie, constitue une activité de découverte très efficace. Elle ancre la notion dans un environnement réel et fait découvrir aux enfants la diversité des notes à l'intérieur d'une même famille de produits.

Les limites à mentionner aux adolescents

À partir de la troisième ou de la seconde, les adolescents peuvent comprendre les limites du Nutri-Score sans que cela ne déstabilise leur rapport à l'outil. Le logo ne voit pas la plupart des additifs, ni le degré de transformation : un pain de mie industriel peut être aussi bien noté qu'un pain de campagne de composition proche. Il a toutefois évolué : depuis 2025, les édulcorants des boissons comptent dans le calcul, si bien qu'un soda sans sucre ne dépasse plus C.

Il ne dit rien sur la portion non plus. Un aliment noté E consommé en petite quantité dans un repas équilibré pose moins de problème qu'un aliment noté B mangé en grande quantité plusieurs fois par jour. La notion de fréquence et de quantité reste irremplaçable. Le Nutri-Score est un repère pour comparer des produits entre eux dans un rayon : ce n'est pas un permis de consommation illimitée pour les notes vertes, ni une sentence pour les notes rouges.

Ces nuances, transmises avec le bon dosage selon l'âge, font des jeunes consommateurs capables de lire un emballage avec discernement plutôt que de suivre aveuglément un chiffre ou une couleur. C'est précisément l'objectif d'une éducation alimentaire réussie.

Sources

  1. Santé publique France, questions-réponses sur l'algorithme actualisé (V11) : www.santepubliquefrance.fr
  2. Merz B. et al., « Nutri-Score 2023 update », Nature Food 5, 102-110 (2024) : www.nature.com
  3. Manger Bouger (Santé publique France), recommandations alimentaires pour les adultes : www.mangerbouger.fr
  4. OMS, « Policies to protect children from the harmful impact of food marketing: WHO guideline » (2023)

Par Jacques Blandignères, créateur de Nutri-Guess.

Les notes attribuées à des produits types sont calculées avec les grilles officielles de l'algorithme actualisé du Nutri-Score ; un produit réel peut différer selon sa recette. Notre méthode · Signaler une erreur

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