Le nouveau calcul du Nutri-Score : ce qui a changé et depuis quand
Si la note d'un produit familier a changé sur l'emballage ou dans une application, ce n'est pas forcément une erreur. Le comité scientifique du Nutri-Score a révisé l'algorithme en deux temps : les aliments en 2022, les boissons en 2023. Cette version actualisée s'applique depuis le 1er janvier 2024 dans la plupart des pays engagés, et depuis le 16 mars 2025 en France. Voici ce qui a changé, pourquoi, et ce que cela donne sur des produits concrets.
Qui a révisé l'algorithme, et pourquoi
Le Nutri-Score est piloté conjointement par sept pays : la Belgique, la France, l'Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Espagne et la Suisse. Un comité de pilotage gère le dispositif, et un comité scientifique indépendant, composé de chercheurs de ces pays, est chargé de faire évoluer l'algorithme à la lumière des connaissances et des recommandations alimentaires nationales.
Après un premier rapport fin 2021, ce comité a publié en 2022 ses propositions pour les aliments, puis en 2023 celles pour les boissons. Les objectifs affichés, repris dans la foire aux questions officielle de Santé publique France, étaient notamment de :
- mieux classer les poissons gras, sources d'oméga-3 ;
- mieux distinguer les produits céréaliers complets, riches en fibres, des produits raffinés ;
- mieux distinguer les huiles végétales selon leur teneur en acides gras saturés ;
- pénaliser davantage les produits très sucrés, les produits laitiers sucrés, les céréales du petit-déjeuner sucrées et les produits très salés ;
- mieux différencier la viande rouge de la volaille ;
- ne plus favoriser les boissons contenant des édulcorants et mieux classer les boissons lactées.
Le principe, lui, ne change pas : pour 100 g ou 100 ml, on additionne des points pour les éléments à limiter, on retranche des points pour les éléments favorables, et le score obtenu donne une lettre de A à E.
Ce qui a changé dans le calcul
| Élément | Algorithme d'origine | Algorithme actualisé |
|---|---|---|
| Sucres | jusqu'à 10 points, premier point au-delà de 4,5 g | jusqu'à 15 points, premier point au-delà de 3,4 g |
| Sel | compté en sodium, jusqu'à 10 points | compté en sel, jusqu'à 20 points (un point par tranche de 0,2 g) |
| Protéines | jusqu'à 5 points | jusqu'à 7 points, mais 2 au maximum pour la viande rouge |
| Fibres | premier point au-delà de 0,9 g | premier point au-delà de 3 g, 5 points au-delà de 7,4 g |
| Fruits, légumes, légumineuses | incluaient les fruits à coque et les huiles de colza, noix et olive | fruits, légumes et légumineuses uniquement (les huiles issues de ces ingrédients comptent dans la catégorie des matières grasses) |
| Catégories particulières | fromages, matières grasses ajoutées, boissons | fromages et viande rouge (règles propres), matières grasses avec fruits à coque et graines, boissons incluant désormais le lait, les yaourts à boire et les boissons végétales |
| Boissons | pas de prise en compte des édulcorants | 4 points ajoutés en présence d'édulcorants non nutritifs ; l'eau reste la seule boisson notée A |
Grilles détaillées : questions-réponses officielles de Santé publique France (version 11) et Merz et al., Nature Food, 2024.
Ce que ça change : les chiffres publiés pour la France
Le comité scientifique a testé la nouvelle version sur les produits du marché. Pour la France, les données proviennent de l'Observatoire de l'alimentation (Oqali) et d'Open Food Facts. Voici une sélection des résultats, en pourcentage des produits de chaque groupe :
| Groupe de produits | Avant | Après actualisation |
|---|---|---|
| Huiles végétales et matières grasses | 0 % en B, 63 % en C | 60 % en B, 31 % en C |
| Pain complet | 77 % en A | 21 % en A, 38 % en B, 40 % en C |
| Pain à base de farine raffinée | 27 % en A, 55 % en B | 5 % en A, 8 % en B, 78 % en C |
| Céréales du petit-déjeuner | 26 % en D ou E | 50 % en D ou E |
| Poissons gras | 8 % en A | 20 % en A |
| Confiseries et sauces sucrées | 19 % en E | 79 % en E |
| Fromages à pâte ferme ou demi-ferme | 5 % en C, 93 % en D | 19 % en C, 78 % en D |
| Lait demi-écrémé | 28 % en A, 72 % en B | 98 % en B |
| Lait entier | 94 % en B | 87 % en C |
| Boissons lactées (aromatisées, sucrées) | 88 % en B | 25 % en C, 28 % en D, 47 % en E |
| Colas avec édulcorants | 30 % en B, 49 % en C | 79 % en C, 19 % en E |
| Jus de fruits | 5 % en B, 54 % en C | 4 % en B, 49 % en C, 46 % en D ou E |
Source : Merz B. et al., « Nutri-Score 2023 update », Nature Food, 2024, tableaux 1 et 2 (données France : Oqali et Open Food Facts).
Exemples calculés avec la nouvelle grille
Pour rendre ces changements concrets, voici des produits types calculés avec les grilles officielles de l'algorithme actualisé. Les valeurs sont données pour 100 g ou 100 ml ; un produit de marque peut différer selon sa recette.
| Produit type | Valeurs utilisées | Note calculée | Ce qui joue |
|---|---|---|---|
| Huile d'olive vierge extra | 14 g de graisses saturées pour 100 g de lipides | B | 4 points pour l'énergie issue des graisses saturées, 1 point pour leur part, compensés par 5 points « fruits » (l'olive est un fruit) |
| Huile de colza | 7 g de graisses saturées | B | peu de graisses saturées |
| Huile de tournesol classique | environ 10,5 g de graisses saturées | C | le tournesol n'entre pas dans la composante « fruits, légumes » |
| Beurre doux | 54 g de graisses saturées pour 82 g de lipides | E | maximum de points sur les deux critères de graisses saturées |
| Lait demi-écrémé | 46 kcal, 1 g de graisses saturées, 3,2 g de protéines | B | classé en boisson : seule l'eau peut obtenir A |
| Lait entier | 65 kcal, 2,3 g de graisses saturées | C | énergie et graisses saturées plus élevées |
| Cola sans sucre avec édulcorants | 0 kcal, 0 g de sucres | C | 4 points pour la présence d'édulcorants |
| Cola sucré | 42 kcal, 10,6 g de sucres | E | sucres et énergie |
| Flocons d'avoine | 11 g de fibres, 11 g de protéines, 1,7 g de sucres | A | fibres et protéines |
| Céréales chocolatées fourrées de fibres | 21 g de sucres, 7,5 g de fibres | C | les fibres compensent en partie les sucres |
| Céréales chocolatées peu fibreuses | 30 g de sucres, 4 g de fibres | D | sucres |
| Baguette | 1,3 g de sel, 3,6 g de fibres | C | sel |
| Pain complet | 0,9 g de sel, 7,5 g de fibres | A | fibres élevées, sel modéré |
| Steak haché 5 % de matières grasses | 21 g de protéines, 2,3 g de graisses saturées | B | protéines de viande rouge plafonnées à 2 points |
Depuis quand la nouvelle version s'applique
- Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Suisse : 1er janvier 2024.
- Luxembourg : 5 mars 2024.
- France : 16 mars 2025, après la publication de l'arrêté du 14 mars 2025 au Journal officiel.
Un produit mis sur le marché après ces dates doit utiliser l'algorithme actualisé. Pour les produits déjà étiquetés avec l'ancienne version, les entreprises disposent d'une période de transition de 24 mois : en France, un emballage peut donc afficher l'ancienne note jusqu'en mars 2027. Pendant cette période, le logo peut porter la mention facultative « Nouveau calcul » pour signaler que la note suit la nouvelle grille.
Pourquoi certaines notes ont bougé
Les huiles d'olive, de colza et de noix montent en B
Dans la catégorie des matières grasses, l'énergie n'est plus comptée telle quelle : seule l'énergie apportée par les graisses saturées est pénalisée, en plus de la part de graisses saturées dans les lipides. Les huiles pauvres en graisses saturées en profitent. Santé publique France l'indique explicitement : les huiles d'olive, de colza et de noix sont désormais classées B au lieu de C.
Les boissons édulcorées perdent leur B
Un soda sans sucre n'apporte ni calories ni sucres, ce qui lui valait souvent un B. La présence d'édulcorants ajoute désormais 4 points, soit l'équivalent d'une lettre : ces boissons obtiennent C au mieux. Le comité a retenu ce choix par précaution, pour ne pas encourager les boissons édulcorées, en particulier chez les enfants.
Le lait passe dans la catégorie des boissons
Le lait, les yaourts à boire et les boissons végétales sont désormais calculés avec la grille des boissons. Comme seule l'eau peut y être notée A, le lait écrémé et demi-écrémé obtiennent B, le lait entier le plus souvent C, et les boissons lactées sucrées tombent en D ou E.
Plus de sévérité sur le sucre et le sel
Avec 15 points possibles pour les sucres et 20 pour le sel, les confiseries, une partie des céréales du petit-déjeuner et les produits très salés reculent. Les pains de farine raffinée, peu fibreux et assez salés, passent en majorité de B à C, tandis que les pains complets riches en fibres gardent A ou B.
Viande rouge et poisson
Les protéines de la viande rouge ne peuvent plus rapporter que 2 points, ce qui rapproche le classement des recommandations de limiter sa consommation. À l'inverse, davantage de poissons gras nature atteignent A ou B.
Ce que la révision ne change pas
Le Nutri-Score reste un indicateur de qualité nutritionnelle calculé pour 100 g ou 100 ml. Il ne tient toujours pas compte de la portion consommée, des additifs, du degré de transformation ni de l'impact environnemental. Et son affichage reste volontaire : une entreprise n'est pas obligée d'apposer le logo, mais si elle s'y engage, elle doit suivre les règles officielles de calcul.
Dans le jeu Nutri-Guess, les notes proviennent d'Open Food Facts, qui applique l'algorithme actualisé.
Sources
- Santé publique France, « Signature de l'arrêté Nutri-Score » (mars 2025) : www.santepubliquefrance.fr
- Santé publique France, questions-réponses sur l'algorithme actualisé (V11) : www.santepubliquefrance.fr
- Arrêté du 14 mars 2025 fixant la forme de présentation complémentaire à la déclaration nutritionnelle (Légifrance) : www.legifrance.gouv.fr
- Merz B. et al., « Nutri-Score 2023 update », Nature Food 5, 102-110 (2024) : www.nature.com
- Comité scientifique du Nutri-Score, rapport de mise à jour de l'algorithme principal (2022) : www.santepubliquefrance.fr
- Santé publique France, calculateur de l'algorithme actualisé (tableur, avril 2024) : www.santepubliquefrance.fr
- Open Food Facts, base de données ouverte des produits alimentaires (licence ODbL) : fr.openfoodfacts.org