L'histoire du Nutri-Score : des travaux de l'EREN au nouveau calcul
Le Nutri-Score n'est pas né d'une décision de marketing mais d'une question de santé publique : comment rendre l'information nutritionnelle lisible en une seconde, au moment de l'achat ? De l'adaptation d'un modèle britannique aux sept pays qui l'utilisent aujourd'hui, en passant par l'algorithme actualisé, voici les grandes étapes, en s'en tenant aux faits documentés.
Le point de départ : un tableau nutritionnel peu lu
Depuis le règlement européen de 2011 sur l'information des consommateurs, le tableau nutritionnel est obligatoire sur la plupart des aliments emballés. Mais il se trouve au dos, s'exprime en grammes pour 100 g et demande un effort de lecture que peu de consommateurs font en rayon. L'idée d'un logo simple en face avant de l'emballage s'est donc imposée dans plusieurs pays, avec des approches différentes : feux tricolores au Royaume-Uni, logo de sélection positive dans les pays nordiques, avertissements en Amérique latine.
Un modèle britannique adapté par l'EREN
Le calcul du Nutri-Score dérive d'un profil nutritionnel développé au Royaume-Uni au milieu des années 2000 pour encadrer la publicité alimentaire destinée aux enfants. Il compare des éléments à limiter (énergie, graisses saturées, sucres, sel) et des éléments favorables (fibres, protéines, fruits et légumes).
En France, l'Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN), dirigée par le professeur Serge Hercberg, a travaillé à partir de 2013 sur l'adaptation de ce modèle et sa traduction en un logo à cinq couleurs. Ces travaux se sont appuyés notamment sur la cohorte NutriNet-Santé, lancée en 2009, qui suit plus de 170 000 volontaires. En 2014, un rapport remis au ministère de la Santé par Serge Hercberg proposait l'adoption d'un logo nutritionnel synthétique.
2016-2017 : la loi, l'expérimentation, le choix
- 2016 : la loi de modernisation du système de santé ouvre la voie à une information nutritionnelle complémentaire recommandée par l'État, et un décret de juillet 2016 en précise le cadre. Une expérimentation en conditions réelles d'achat compare plusieurs logos en magasin.
- Mars 2017 : le gouvernement retient le Nutri-Score.
- 31 octobre 2017 : un arrêté officialise le logo. Son affichage reste volontaire, le droit européen ne permettant pas à un État de l'imposer.
2018-2021 : l'extension européenne
Entre 2018 et 2021, la Belgique, l'Espagne, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Suisse rejoignent le dispositif. En 2021, ces sept pays mettent en place une gouvernance commune : un comité de pilotage et un comité scientifique indépendant chargé de faire évoluer l'algorithme.
Le projet européen enlisé
En mai 2020, la Commission européenne annonce dans sa stratégie « De la ferme à la table » une proposition d'étiquetage nutritionnel harmonisé et obligatoire en face avant. Le sujet divise les États membres. L'Italie, où les filières du fromage, de la charcuterie et de l'huile d'olive critiquent le Nutri-Score, promeut à partir de 2020 son propre système, le NutrInform Battery. La proposition législative annoncée n'a pas été présentée, et l'affichage reste volontaire dans toute l'Union.
2022-2025 : l'algorithme actualisé
Le comité scientifique publie en 2022 ses propositions pour les aliments, puis en 2023 pour les boissons. Les principaux changements : sucres et sel plus pénalisés, protéines de la viande rouge plafonnées, huiles pauvres en graisses saturées mieux classées, lait et boissons végétales rattachés aux boissons, et 4 points pour la présence d'édulcorants dans les boissons.
La nouvelle version s'applique au 1er janvier 2024 en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suisse, au 5 mars 2024 au Luxembourg, et au 16 mars 2025 en France, après l'arrêté du 14 mars 2025. Les produits déjà étiquetés disposent de 24 mois pour s'adapter. Le détail est dans l'article sur le nouveau calcul.
La chronologie
| Date | Étape |
|---|---|
| 2009 | Lancement de la cohorte NutriNet-Santé par l'EREN |
| 2011 | Règlement européen INCO : tableau nutritionnel obligatoire, logos complémentaires possibles mais volontaires |
| 2014 | Rapport Hercberg proposant un logo nutritionnel synthétique |
| 2016 | Loi de modernisation du système de santé, décret de juillet, expérimentation de logos en magasin |
| 31 octobre 2017 | Arrêté officialisant le Nutri-Score en France |
| 2018-2021 | Adoption par la Belgique, l'Espagne, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Suisse |
| 2020 | Stratégie européenne « De la ferme à la table » ; lancement du NutrInform Battery en Italie |
| 2021 | Gouvernance transnationale et comité scientifique commun |
| 2022-2023 | Rapports de mise à jour de l'algorithme (aliments puis boissons) |
| 2024 | Algorithme actualisé appliqué en Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Suisse et Luxembourg |
| 16 mars 2025 | Algorithme actualisé appliqué en France ; transition de 24 mois |
Où en est-on en 2026
Le Nutri-Score reste un logo volontaire, piloté par sept pays, et son algorithme a été actualisé. Santé publique France publie la liste des entreprises et marques engagées. Les débats continuent sur ce que le logo ne mesure pas, comme le degré de transformation ou la portion consommée, et sur l'harmonisation européenne. Pour le consommateur, l'essentiel est de savoir qu'une note apprise avant 2025 a pu changer, et qu'un emballage peut encore afficher l'ancienne pendant la transition.
Sources
- Santé publique France, page officielle Nutri-Score (documents, calculateur, liste des entreprises) : www.santepubliquefrance.fr
- Décret n° 2016-980 du 19 juillet 2016 relatif à la déclaration nutritionnelle recommandée par l'État (Journal officiel)
- Arrêté du 31 octobre 2017 fixant la forme de présentation complémentaire à la déclaration nutritionnelle recommandée par l'État (Journal officiel)
- Arrêté du 14 mars 2025 fixant la forme de présentation complémentaire à la déclaration nutritionnelle (Légifrance) : www.legifrance.gouv.fr
- Santé publique France, questions-réponses sur l'algorithme actualisé (V11) : www.santepubliquefrance.fr
- Merz B. et al., « Nutri-Score 2023 update », Nature Food 5, 102-110 (2024) : www.nature.com
- Règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires (EUR-Lex) : eur-lex.europa.eu
- Commission européenne, stratégie « De la ferme à la table », COM(2020) 381 (EUR-Lex) : eur-lex.europa.eu